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11 octobre 2017

Message de l'abbé Beauvais aux jeunes de Civitas : "Engagez-vous !"

Sermon de l'abbé Xavier Beauvais lors de la messe dominicale du camp d'été France Jeunesse Civitas.

Engagez-vous !

Si l'on s'en réfère à l'Evangile, parole de vie par excellence, il y en a un qu'on peut appeler l'Evangile du choix. Et quand on parle d'engagement, on parle inévitablement de choix. Cet Evangile du choix, vous le connaissez tous : Dieu ou Mammon, la chair ou l'esprit, la vérité ou l'erreur, la fidélité ou l'apostasie. Autrement dit, c'est l'Evangile de l'engagement. Parole d'évangile d'autant plus forte aujourd'hui que tout nous pousse à l'indifférence sournoise, sous prétexte de tolérance, de ne plus choisir.

Or disait un Maréchal : « La vie n'est pas neutre, elle consiste à prendre parti ». S'engager c'est donc opter, et c'est risquer. S'engager c'est dire oui, ou c'est dire non. C'est choisir son camp. C'est jouer sa chance pour la perdre ou la gagner. Lorsqu'il s'agit d'une cause ou d'un chef, s'engager c'est donner sa foi, c'est se donner, vie et honneur. Dieu merci, dans la veulerie d'un monde avare et sceptique, l'homme qui s'engage, force encore le respect. Il lui arrive par là de racheter ses erreurs ou ses fautes, parce qu'il donne la preuve d'une franchise, la mesure d'une grandeur devant lesquelles les habiles sont obligés, dans le secret, de s'incliner. Si l'on en cherche la raison, c'est d'abord que le privilège de notre condition humaine est, dans les alternatives, de choisir sciemment, de juger le vrai et le faux, le mal et le bien, d'exprimer ce jugement conforme à la vérité, dût-on par cette netteté peiner des amis, ou provoquer des ennemis. C'est ensuite que, risquer des avantages ou temporels ou secondaires, au service d'un intérêt majeur, témoigne d'un désintéressement qui peut aller jusqu'à l'héroïsme – ô combien valable en politique - d'un amour des objets transcendants qui peut aller jusqu'à la sainteté. Il ne faut pas aller chercher ailleurs la source du prestige propre à l'honnête homme, au soldat ou au martyr, exemples de l'engagement. Inversement, l'homme à l'esprit flottant, bobo, incapable ou cynique, qui ne discerne pas ou qui ne témoigne pas, qui ne cherche que son intérêt personnel au mépris du bien commun, l’homme à la parole ambigüe et au cœur double qui ne veut pas se démarquer, l’homme qui, jouant sur les deux tableaux, refuse de se compromettre, qui n'est ni ami, ni ennemi, qui dans la bagarre qu'est la vie, reste neutre; alors qu'il s'occupe surtout pas des affaires de la cité, nous n'aurions alors, pour citer Roger Holeindre, que des mollusques de la droite molle qui nous ont conduit là où nous sommes, en pleine décadence. Celui-là est à traiter avec mépris. De sa neutralité même nous lui faisons crime, puisqu'il nous a prouvé que pour nous non plus, il ne se compromettra jamais. Ce n'est pas un homme sur qui nous puissions compter. Ce n'est pas un homme. Alors comment se fait-il que si souvent dans l'histoire les catholiques donnent souvent l'impression qu'ils ne s'engagent pas jusque dans les affaires de la cité, qu'ils se réservent et par là se font juger sévèrement par des hommes amis de la franchise et du risque ? Il vaut la peine d'y réfléchir avec humilité et courage et de passer ensuite à l'acte.

Les exemples ne manquent pas dans l'histoire de ceux qui se sont engagés pour les causes les plus sublimes, à commencer par l'exemple et la doctrine de Notre Seigneur Jésus-Christ qui ne souffrent sur ce point aucune équivoque. Pour s'être intrépidement et dangereusement engagé, il est mort en pleine action. La hardiesse avec laquelle il a pris position en face de ceux qu'il devait condamner et qui ne lui pardonneront jamais ses franchises, est un des traits les plus nobles de son caractère.

Depuis la scène des vendeurs chassés du Temple jusqu'à son interrogatoire chez Caïphe, Jésus a dit, a fait ces« œuvres de son Père» qui ne souffrent ni atermoiements, ni ambiguïtés, ni réticences. C'est ce qu'il appelle avoir « rendu gloire à Dieu ». Il a dit aux puissants leur fait; il a méprisé en face de Pilate les atermoiements et les plaidoiries de la dernière heure. Ayant joué sa tête dès la première heure, il alla droit au supplice sans fléchir. Comme il a dit et fait, il a prescrit à ses disciples de dire et de faire. Que votre parole soit « C'est, c'est ... ce n'est pas, ce n'est pas ».« Qui met la main à la charrue puis regarde en arrière, n'est pas digne de moi ». « Ne craignez pas ceux qui ne peuvent tuer que le corps ». « Ne pensez même pas à l'avance à vous défendre quand on vous poursuivra». « Comme j'ai été traité, vous serez traités ». L'annonce des persécutions, des haines, la promesse des supplices et de la mort, ôtent à ces conseils de franchise toute incertitude, interdisant toute exégèse de complaisance. « Ce que vous aurez entendu dans le secret, criez-le sur tous les toits ». Voyez, on ne peut imaginer maître et chef engageant ses hommes plus hardiment, plus à fond. Qui est mené par lui est compromis à tout jamais dans une guerre qui ne pardonne pas. « Ce n'est pas la paix que je suis venu apporter, mais le glaive. » L'histoire des premières générations chrétiennes est unique dans le monde pour être 1' impitoyable conséquence des leçons d'un maître qui joua sa cause et la destinée des siens comme il avait joué sa vie.

Alors quand de ces hauteurs héroïques, on descend aux paliers où nous vivons, on se demande si ce qui différencie le chrétien moderne du chrétien primitif, n'est pas précisément la peur de s'engager, toute peur de s'engager.

D'une part nous avons perdu cette fermeté abrupte qui fit du christianisme une doctrine et une vie si parfaitement inconfortables, heurtant de front le monde, ses hypocrisies et ses lâchetés. Devant le peuple, ou devant les docteurs, devant les hommes de loi ou de guerre, devant des gouvernants, des autorités politiques, qui d'entre nous parle comme saint Jean Baptiste à Hérode, comme saint Pierre et saint Jean devant le Sanhédrin ? ou comme le Christ devant Pilate ou devant Satan ? Ni à nos amis ni à nos ennemis nous n'oserions répéter dans leur intransigeance les paroles si fortes du sermon sur la Montagne, crainte de soulever leur effroi ou leur colère.

La considération semble être devenue la règle d'or. Ainsi la vertu devient-elle le juste milieu qui précisément se réserve à tout engagement dangereux. Ni la folie sublime, ni le scandale impudent. Se tenir à distance les uns et des autres ; ne pas se « compromettre », surtout ne pas prendre parti, se ménager des amitiés dans tous les camps. Tout cela, certains le définissent comme prudence, sagesse morale et vertu. De ces deux trahisons ayons un profond dégoût, chers amis, dans les combats d'aujourd'hui. Reconnaissons que bien souvent nous n'en avons pas le courage, c'est ce qui nous fait perdre tant de batailles. Alors si nous jugeons que notre devoir de laïcs catholiques ne fait aucun doute, nous devons avec notre maître nous engager dans les affaires de la cité, en politique.

Qui risque son âme la sauve, puisque le sûr moyen de la perdre, c'est de ne pas la risquer.

Mais il y a des engagements qui n'en sont pas, mais sont plutôt des compromissions. Faire cause commune avec des ennemis, des partis qui n'ont plus en vue que leur mesquin intérêt personnel ; donner son amitié (qui ne serait pas la vraie) son concours à des entreprises terrestres limitées à leurs intérêts sordides, engager par suite le nom chrétien à des fortunes précaires et sordides, à des complexes impurs comme le sont tant de politiques, n'est-ce point désobéir à notre Maître et abandonner à César ce qui n'appartient qu'à Dieu ? Dès lors, il vous appartient à vous, si vous voulez aider la patrie à renaître, d'être rigoureux et intransigeants dans vos choix, c'est-à-dire se refuser toute collaboration avec des forces, des puissances indignes de notre confiance.

Et précisément, pour s'être engagés en politique pour le règne social de Notre Seigneur Jésus-Christ, avec le Christ, n'accepter en aucune façon de s'engager avec Mammon ou Bélial puisqu'on ne peut servir deux maîtres.

Puisque dans le monde d'aujourd'hui la normalité devient presque impossible, faut-il partir, nous aussi dans le désert de l'inaction, non, il n'est pas permis aujourd'hui de refuser l'engagement au combat politique, au risque d'être infidèle à la mission que Dieu assigne à chacun de nous. Ne soyons pas les apôtres du « tout est foutu ». Lorsqu'un général chrétien, désespéré de voir son pays sombrer dans l'anarchie antireligieuse, soulève la révolte et, par les armes, entreprend de faire triompher l'ordre, qu'il ne conçoit que chrétien, la délicatesse de certaines consciences s'émeut.

Lorsqu'un chef d'Etat, appelé dans un désastre national à sauver son pays, entreprend une révolution nationale qui ne s'accomplit pas dans la suavité, et, par les décrets de son vouloir brise et bannit les malfaiteurs qui s'opposent à son œuvre de salut public, on voit certaines bonnes consciences, même catholiques, jouer les vierges effarouchées.

Quelque soit la majesté de César, l'histoire chrétienne est en pleine harmonie avec l'Evangile pour nous affirmer que jamais le chrétien ne peut consentir à des entreprises mauvaises dans leurs fins et dans leurs moyens. Renoncer alors? Mais renoncer pour sacrifier au politiquement correct, à la pourriture morale comme renoncer au Christ, pour sacrifier aux idoles, est la pire des apostasies, et trois siècles de témoignage, d'engagement de martyrs ont fait triompher sur ce point la sublime protestation des esclaves chrétiens plus forte que les gouverneurs.

Au moment où il allait les quitter, Jésus-Christ engagea ses disciples dans une grande aventure et nous avec. Durant ses adieux, l'angoisse de Notre-Seigneur était évidente. Il allait disparaître. Mais il va les plonger dans le monde au plus fort de la puissance ennemie aux prises avec les hostilités violentes ou sournoises qui s'étaient acharnées contre lui. Déjà ce monde les déteste parce qu'ils ne lui sont pas soumis. Cependant il ne priera pas son Père de les ôter du monde, car c'est trahir la fin même de sa venue et renoncer à la rédemption pour laquelle il va mourir. Il faut qu'ils soient dans ce monde ferment et sel. Il faut qu'ils s'engagent comme témoins. La puissance de Dieu les sauvegardera du Malin. Pureté de la colombe et œil du serpent au milieu des loups. Il nous manque le regard du serpent et par suite la pureté de la colombe. Le regard aigu qui discerne le mal, la pureté d'un cœur intrépide qui n'admet aucune duplicité. Lorsque le bandit assaille la maison où dorment les enfants, le père de famille qui veille met sa charité à briser leur échine, au risque d'être traité de brute par les hypocrites ou les chimériques qui préfèreraient que soient égorgés les enfants.

Ce que la vérité et la justice réclament du catholique légitimement engagé, c'est qu'il apporte dans l'assemblée des hommes la liberté et la franchise d'une parole qui soulèvera peut-être l'impatience ou la colère, mais qui n'entachera en rien son loyalisme.

On voit assez quel abîme sépare cette loyauté d'avec le refus, qui ne s'étant pas engagé sème autour d'honnêtes ouvriers l'ironie ou la méchanceté dans une foule spectatrice trop lâche pour partager les risques.

Il reste au chrétien logique l'une de ses plus belles prérogatives, celle qui le fait s'engager à fond. Et il le peut plus facilement que tout autre.

La tentation de l'âme médiocre la porte à ne jamais s'engager tellement qu'elle ne se puisse au besoin dégager. Ainsi en va-t-il de bien des entreprises humaines, et y compris l'amitié. Seules les grandes âmes s'engagent à fond, c'est-à-dire assez pour ne plus pouvoir échapper aux catastrophes possibles. Ainsi vont-elles au bout de l'amitié, au bout de leurs promesses, engageant elles et tout ce qu'elles possèdent, sans réserve. L'histoire montre que ce sont ces joueurs-là qui gagnent le plus souvent, alors que les trop habiles et trop prudents selon la chair se desservent eux-mêmes en voulant finasser. Mais les catholiques se doivent d'être les plus audacieux puisqu’ils savent qu'en fin de compte, ils ne peuvent pas perdre leur mise. L'ami qui a cru son ami jusqu'au bout pourra avoir été trompé mais il ne sera pas trompé en restant fidèle. Celui qui jouera sa tête la perdra peut-être, mais le Christ nous dit que c'est la plus sûre façon de la gagner. Les hommes les plus blasés ou les plus perfides reconnaissent au grand joueur une noblesse qui leur en impose. C'est vrai des choses de Dieu, mais c'est également vrai des choses des hommes où le chrétien s'engagera par égard à Dieu.

Il faut se préserver de l'illusion funeste et pourtant si commune, de croire que les dépravés qui nous gouvernent ou que ceux qui travaillent en sous-main dans les loges, dévorés par d'insatiables égoïsmes, ont encore l'âme accessible à des sentiments généreux ou tout au moins à des idées de justice, et que vous pourriez un jour obtenir d'eux, à force de patience, pour ne pas dire de petits ou de grands reniements, le respect tout du moins de la loi naturelle. Ils ne connaissent que la peur d'être dépossédés de leurs riches prébendes et ne sont susceptibles que de redouter, en l'admirant d'ailleurs, la force qui les en chasserait.

C'est le manque de force, chers amis, de force chrétienne qui fait encore plus d'indifférents ou d'irréligieux que de persécuteurs, et devient ainsi beaucoup plus dangereux en mettant des foules au service de ceux qui conduisent la bataille contre Dieu.

Il n'y a plus d'hommes dans les milieux sans religion pour cette raison très simple qu'il n'y a pas de force morale. Or, comme on l'a très éloquemment dit : « La force est la grande prérogative de l'homme, le signe de sa royauté et le sceau de sa destinée. La force entre si profondément dans le caractère de l'homme, qu'elle lui a donné son nom : Vir, un homme, cela veut dire la force, l'énergie, le courage, la puissance. Ôtez de la vie humaine le ressort de la force morale, vous avez encore le semblant d'un homme, le simulacre d'un homme, mais vous n'avez plus l'homme; vous avez un être avorté, un je ne sais quoi qui n'a plus de nom dans la langue des peuples, parce qu'il n'y a plus de rang dans la hiérarchie des êtres. Là où chez nous le laïcisme a travaillé les esprits, il n'y a guère plus que des apparences d'hommes incapables de résister à qui paie ou distribue des places. Ce sont des fantômes d'apparence humaine qui composent le gros des bataillons ameutés par les loges contre le catholicisme qui a fait la France. La plainte est générale. De toutes parts on dit: Il n'y a plus de caractère, il n'y a plus que des volontés chancelantes». Et il semble que notre société pourrait s'écrier avec douleur comme le malade de l'Evangile : « Je n'ai pas un homme pour me venir en aide. »

Mais est-ce vrai? Est-ce vrai qu'il n'y ait pas des hommes qui puissent encore sauver la société du danger de mort où ses fautes répétées et toujours nouvelles la mettent?

Un écrivain de génie a tracé un jour un portrait qui semble d'hier parce que vieux plus de cent ans, et pourtant si actuel.

« Dans les crises effrayantes qui agitent notre société il ne manque jamais de se trouver un certain nombre de ces «gens d'entre deux» dont parle Pascal, indécis par timidité, indulgents par calcul, qui ne savent ni ce qu'ils pensent, ni ce qu'ils veulent, parce qu'ils n'ont pas la moindre idée de ce que l'on doit penser et vouloir. La faiblesse de leur caractère et le peu d'étendue de leur esprit les inclinent à croire qu'en toute contestation la sagesse consiste à se tenir également éloigné des opinions et des prétentions opposées, et que toute lutte, quel qu'en soit l'objet, doit se terminer par des concessions mutuelles.

Cette sorte de gens, la plus dangereuse peut être quand il lui arrive d'être au pouvoir, dans les temps difficiles, ne sert qu'à conduire avec moins de bruit les nations à leur ruine. Essentiellement inerte, ce qu'elle craint, surtout, c'est l'action, parce qu'il n'y a pas d'action sans résistance. Elle a peur du mouvement, peur de la force, peur de la vie. En cherchant un repos qui n'existe que dans le tombeau, elle ne veut pour doctrine, que l'indifférence; pour ordre, que ce qui est, le mal comme le bien ; pour justice, qu'une égale protection de ce bien et de ce mal; pour paix, que le silence. Le succès des méchants encourage leur audace et fait illusion sur les principes mêmes. Les bons toujours sacrifiés se lassent de combattre inutilement et saisissent avec joie le premier prétexte qui leur est offert d'abandonner sans trop de honte, une cause longtemps malheureuse. L'intérêt personnel multiplie les défections. Toutes les passions viles se réveillent. Les uns supputent ce que peut valoir ce qui leur reste d'honneur et de conscience, les autres s’endorment entre les débris de l’ordre social renversé, et s'irritent lorsqu'on veut les tirer de le leur sommeil».

Ces attitudes, chers amis, ont des conséquences désastreuses, elles assurent le succès des décadents, des cupides, elles encouragent leur audace, elles désespèrent les bons, multiplient les défections et préparent ou continuent le renversement de l'ordre social. Ce manque de force a beau se parer des noms orgueilleux de sagesse, d'intelligence des temps, d'habilité diplomatique, de libéralisme conquérant, il est plus encore peut être que le mal lui-même, le grand ouvrier de nos innocentes défaites.

Les événements qui se font chaque jour et de plus en plus vite, plus douloureux et plus menaçants pour l'Eglise et la patrie en prolongent sous nos yeux la preuve tristement éloquente.

Puissions-nous en comprendre toujours mieux l’exceptionnelle gravité et forts de la vie intérieure nourrie aux sources de la grâce, passer à l'action. Nous avons été vaincus alors que nous avions tout pour vaincre, uniquement parce que dans l'ensemble nous avons manqué de force, de la force qui veut, de la force qui obéit à des principes supérieurs, de la force qui n'a pas peur de l'effort, de l'engagement de notre personne, de la force qui affronte les périls, de la force qui grandit avec les difficultés qu'elle rencontre, de la force qui ne connaît pas les profits égoïstes, de la force qui ne regarde qu'au triomphe de Dieu, de la force enfin qui travaille à ce triomphe sacré avec une indomptable fermeté, sans jamais oublier que la force vient du ciel.

Alors pour reprendre la formule du vainqueur de Verdun: « Non, ils ne passeront pas, courage, on les aura ».

02 mai 2017

Abbé Beauvais : "Le 14 mai, pour libérer la Patrie, la reconquête passe par l'hommage à sainte Jeanne d'Arc"

L'abbé Xavier Beauvais lance un appel à participer nombreux au défilé d'hommage à Sainte Jeanne d'Arc le 14 mai 2017 à Paris et vous fixe rendez-vous à 14h place Saint Augustin.

LE 14 MAI, POUR LIBÉRER LA PATRIE,

LA RECONQUÊTE PASSE PAR L’HOMMAGE

Ă SAINTE JEANNE D’ARC

« Dieu a voulu dire un jour au monde sa pensée sur la France, écrit l'abbé Joseph Lemann. Il a voulu la dire à la France elle-même. Depuis Clovis et Charlemagne, les nations de l'Europe savaient bien que la France était la préférée ; les souverains pontifes l'avaient donné à entendre dans des éloges qui sont restés célèbres : mais Dieu ne l'avait pas dit lui-même. Or, un jour, l'aveu divin fit explosion et Jeanne d'Arc fut la révélation de la pensée de Dieu. « Ô France, je vais te dire ce que je pense de toi ! ». Et alors appelant saint Michel et ses anges, le Seigneur forme cette merveilleuse créature qui allait être l'expression de sa pensée et de son amour. Tous les dons départis à la femme ont répondu à l'appel du souverain artiste : la délicatesse, la bonté, la douceur, la sensibilité, toutes les nuances exquises dont sont susceptibles la pureté et la magnanimité sont distribuées dans son âme, droite comme une tige de lis et ouverte à tous les héroïsmes. Parce qu'en France on est épris de la bravoure, elle sera brave jusqu'à la témérité. L'esprit français pétille en elle. Par les voix qu'elle entend, elle semble appartenir à quelque demeure éthérée ; et par les conseils qu'elle donne, elle confond l'expérience des vieux capitaines. Comme le cheval ajoute à la beauté humaine et guerrière, le Tout-Puissant l'a fait monter à cheval. Qu'elle était belle alors, message vivant du Dieu vivant! Avec sa cuirasse éclatante, son baudrier d'or, tenant haut sa bannière victorieuse, le visage illuminé par toutes les joies du succès et toutes les grâces d'une pudeur céleste [ ... ] Après avoir prodigué à Jeanne d'Arc, libératrice de la France, tous les attraits possibles : attraits de la jeunesse, du charme, de l'innocence, de l'esprit, de la bravoure, du succès, du merveilleux et du prodige, il les rehausse par un suprême coup de pinceau ; trempé dans le pourpre du Golgotha, le pinceau fait d'elle la beauté en douleur, dans une douleur incomparable, une martyre ! Voilà ce que fut Jeanne d'Arc ! Elle fut la révélation de la pensée de Dieu sur la France : par elle, Dieu a dit son amour [ ... ] Reconnais, ô France, ce que tu veux puisqu'il t'a fallu une telle libératrice."

On peut, et il faut admirer chez elle une intuition politique vraiment surnaturelle : pour libérer la patrie, il fallait refaire l'unité et cette unité ne pouvait passer que par la légitimité retrouvée.

Mais sa mission était plus élevée encore. Il faut le reconnaître : Jeanne a été suscitée par le ciel pour rappeler au monde qu'au-dessus de la politique des pouvoirs terrestres, il y a une politique surnaturelle de Dieu. Le sacre royal est d'abord un hommage rendu à la souveraineté divine et au droit de l'Eglise. En rendant ce sacre possible on peut dire que sainte Jeanne d'Arc a continué l'histoire visible de la politique surnaturelle de Dieu dans le monde.

En effet, le sacre n'était pas la simple reconnaissance de l'origine divine de toute autorité, ni même un appel à la bénédiction et l'assistance de Dieu sur la personne royale ; c'était un mandat providentiel qui faisait du roi, l'homme de Dieu. Imposant plus de devoirs qu'il ne conférait de droits, le rite de l'onction faisait de lui un coopérateur du plan surnaturel. Toute pénétrée de la grande idée du sacre, Jeanne d'Arc a donc été la messagère inspirée de la politique divine. Pour elle, le roi de France n'était que le feudataire du Roi du ciel, c'était donc l'autorité du Christ qui était en jeu et son honneur. Le royaume appartient à Dieu qui veut s'en servir comme un instrument de sa gloire. Dieu veut régner sur la terre comme au ciel. En soumettant la royauté française au Christ Roi et à son Eglise, Jeanne a retrempé la vitalité de notre patrie dans l'huile du sacre, ce vieux ciment de la chrétienté ; elle a infusé dans le sang de France la vertu du baume, de la myrrhe et de l'encens. Elle lui a rendu l'âme que nous sentons vibrer en nous aujourd'hui. C'est pourquoi elle apparaît l'étoile de la vocation de la France. Comparez toutes ces beautés avec la noirceur du socialisme et du mondialisme et votre choix sera facile.

La mission de Jeanne d'Arc fut de rendre à la France non seulement son roi mais aussi son âme. Et telle est la raison pour laquelle cette mission perdure aujourd'hui puisqu'elle s'enracine dans le mystère de sa charité.

La vision claire de sa mission, qui consiste à rappeler les droits du surnaturel dans les affaires de ce monde, lui fait dépasser toute prudence charnelle, toute prudence humaine avec une perspicacité, une vigueur et une liberté qui prennent leur source dans son esprit de prière et dans la profondeur de la vie surnaturelle qui unifie son âme. Quel modèle pour nos combats. Bataillant pour l'Eternel, Jeanne a rendu son âme à la France.

Parler de mission de la France, c'est austère, c'est ringard diront certains. La succession des derniers événements, succession précipitée manifeste un échec, presque définitif de notre vocation. Mais Jeanne est un puissant levier d'espérance, car même mise en échec aujourd'hui, le rappel de la vocation de la France, de la mission de la France est rendu plus opportun encore par nos échecs. Pourquoi ? Parce que le plan de Dieu ne change point.

« Regardez-le notre temps, disait Pie XII en l950, avec ses misères et ses angoisses, avec ses erreurs et ses égarements, avec ses soulèvements et ses injustices : ne vous offre-t-il pas une trop fidèle peinture de l'horreur qui menace l'humanité tout entière et chacun des individus qui la composent, dès qu'ils prétendent se soustraire du joug aimable de l'esprit de Dieu ? Seule une France docile à cet esprit divin, purifiée, obéissante à son essentielle vocation, appliquée à valoriser toujours davantage ses plus belles ressources, sera capable d'apporter à l'humanité, à la chrétienté, en toute plénitude, une contribution digne d'elle pour l'œuvre de réconciliation et de restauration. »

Elle est sainte, elle n'est pas seulement Jeanne, elle est sainte Jeanne d'Arc. La sainteté n'est le privilège d'aucun âge, d'aucun sexe, d'aucune profession ni d'aucune manière de vivre. Il y eut, parmi les saints, des rois et des mendiants, des moines et des guerriers, des savants et des ignorants ; les uns, écrivait un prêtre, ont prié au désert, les autres ont agi dans le tumulte du monde ; les uns se sont cachés dans le cloître, d'autres ont attiré le regard des hommes par des actions illustres. Mais quel est le trait commun à tous, qui les fit saints sans les faire semblables, quel est le caractère nécessaire, essentiel, et pour ainsi dire indéfectible de la sainteté ? Ce n'est pas autre chose que le désir ardent et constamment suivi d'accomplir en soi-même la volonté de Dieu. Celui-là est saint qui cherche de bonne foi, de toute son âme et de toutes ses forces quelle est la volonté divine sur lui, et qui, l'ayant connue, n'a plus qu'un désir et qu'une pensée : la faire, en bravant tout, jusqu'à la mort. Sainte Jeanne d'Arc, écrit ce même prêtre, c'est l'histoire d'un cœur d'enfant qui a pris feu dans une lumière d'annonciation. A quatorze ans, elle adopte pour devise : « Messire Dieu, premier servi ». Sa volonté lui apparaît, éclatante de lumière : c'est le rappel de sa royauté dans les affaires du monde.

Nous nous interrogeons souvent sur les chances de nos succès. Nous avons à nous interroger d'abord sur la volonté de Dieu. Qu'il y ait toujours plus de catholiques, que la France renonce au laïcisme, que ses fils retrouvent dans la croix du Christ le principe de leur salut et de leur résurrection, oui, mais ce qui compte avant tout, sous peine de tomber dans un défaitisme qui ne serait que lâcheté, c'est qu’avec la foi, la charité, la vraie prudence il nous appartient d'y travailler.

Le trait le plus caractéristique de sa sainteté, c'est peut-être la surnaturelle ingénuité de son âme, cette vertu d'enfance alliée au chef de guerre dont elle réalise un type inconnu jusque-là. Cette petite paysanne de quinze ans est gouvernée par le culte de la volonté divine ; et le zèle de sa mission la dévore bien plus que la flamme de l'action. C'est ce qui explique sa candeur, sa fraîcheur, sa spontanéité, et c'est ce qui fait en partie sa grandeur ; Jeanne est candide, elle ignore le calcul, elle méprise la diplomatie et la prudence purement politique. Et sa fraîcheur d'âme ne se démentira jamais, pas même face à ses juges.

Chers amis, quand vous sentez défaillir votre foi en la Providence, quand vous êtes tentés de croire qu'on peut impunément refuser à Dieu une place, et la première de toutes, dans notre constitution et dans nos chartes publiques, qu'on peut le traiter lui aussi comme une quantité négligeable, prenez dans vos mains l'histoire de sainte Jeanne d'Arc. Quant vous aurez vu mourir la sainte et ressusciter la France, vous vous écrierez en déposant le livre : je crois en Dieu, qui règne au plus haut des cieux, qui fait et défait les Empires. Je crois en Dieu qui après avoir créé la France en un jour de victoire, l'a baptisée avec Clovis, sauvée de l'invasion orientale avec Charles Martel, préposée à la garde de son Eglise avec Pépin et Charlemagne, formée au culte de la justice avec saint Louis, arrachée au joug des Anglais et préservée de l'hérésie avec sainte Jeanne d'Arc.

« Au nom de Jeanne, nous vous en conjurons, Seigneur Dieu, rendez-nous la patrie, libérez-là du carcan des loges maçonniques qui plongent aujourd'hui notre pays dans une pesanteur suffocante, rendez-nous la liberté, pour pouvoir renaître à l'espérance. »

Jeanne demeure le signe splendide de l'amour de Dieu pour nous, et une des plus exquises visions de l'amour que le cœur de l'homme peut, avec l'aide de la grâce, rendre à son Créateur.

La charité prend sa source dans le cœur de Dieu. Tout le mystère de la charité de Jeanne d'Arc est là. Elle aima Dieu par dessous tout et toute chose en lui : la grâce élargit son cœur aux dimensions du cœur de Dieu.

Il suffit de se souvenir combien elle aima son pays en grande pitié, combien elle aima son roi malgré ses abandons, combien elle aima l'Eglise en dépit de son honteux procès, comme elle aima les pauvres particulièrement et jusqu'à ses ennemis sur lesquels elle pleurait quand ils mouraient sans confession. Or nous savons comment Dieu répond à la charité des saints : en aimant en eux une multitude d'autres hommes, en faisant d'eux des rédempteurs d'âmes, à la suite de Jésus-Christ. Et c'est ainsi qu'en Jeanne d'Arc, Dieu a aimé la France et l'Eglise. Si elle a servi l'unité et la pérennité de l'Eglise, c'est qu'à Orléans et à Reims la France était en Jeanne d'Arc plus encore que dans le roi ; et qu'au procès de Rouen, l'Eglise n'était pas du côté des juges, mais en elle. En Jeanne d'Arc, Dieu a regardé tour à tour et à aimé la France, la vraie France et l'Eglise. Voilà la gloire de Jeanne.

Dans un sermon de pèlerinage, de ces pèlerinages qui nous menaient à Chartres, puis plus tard de Chartres à Paris, l'un des prédicateurs, dans sa conclusion, s'exprimait en des termes que je voudrais reprendre, car il y a tant de belles choses qui ont été dites avant nous qui, avec le temps, se sont dissipées, mais qu'il faut toujours reprendre, car la vérité est éternelle.

Jeanne demeure pour nous, aujourd'hui, et pour les siècles à venir :

- le modèle des combattants chrétiens qui se jettent dans une bataille à la foi « charnelle et spirituelle », « temporelle et éternelle » ;

- le modèle des martyrs qui livrent dans leur chair la bataille de l'éternité ;

- le modèle du chef de guerre de chez nous, conscient de l'éternelle vérité qui veut qu'il n'y ait pas de France sans liberté et pas de liberté sans combat, car sans la liberté il n'y a pas de grâce. Et la grâce est toujours le fruit d'un combat ;

- le modèle de l'honneur chrétien et de l'honneur français, c'est le même. Ă son école nous apprenons que l'honneur n'est pas seulement dans la fidélité ou dans le relèvement, dans l'acceptation de la grâce et de la filiation divine ; mais aussi, mais surtout dans le combat entre le péché et la grâce ! Un combat chevaleresque puisqu'on ne le livre pas dans la haine mais dans la charité. Combat d'honneur éclairé par la charité, car la charité, finalement n'est-elle pas cette tendresse infinie que Dieu a répandue dans la création misérable en la jetant dans la bataille du salut ? Et cette tendresse n'a qu'une crainte : que le chrétien n'ait pas le cœur guerrier et refuse ce combat. Oui, le combat en nous, n'est pas autre chose que le rayonnement de l'amour de Dieu. Aujourd'hui que l'âme de la France est assiégée par les forces occultes, aujourd'hui que l'âme de l'Eglise est aussi assiégée par un esprit malin de démission et de capitulation, sainte Jeanne ne cesse d'implorer pour nous,

- le goût du combat et de l'honneur de Dieu ;

- le goût du combat pour l'honneur de Dieu.

Après tout cela vous ne viendriez pas défiler le 14 mai avec Civitas ?

Votre cœur, autrefois guerrier, se serait-il ratatiné à ce point d’en délaisser l’hommage national et religieux dû à celle qui nous rendra libres ?

Alors à bientôt et en rangs serrés !

Abbé Xavier Beauvais

14 mars 2017

L'union de l'Eglise et de l'Etat - Discours de l'abbé Beauvais à la Fête du Pays Réel

28 février 2017

L'abbé Xavier Beauvais vous attend à la Fête du Pays Réel le 11 mars 2017 à Rungis

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Espace Jean Monnet, Rungis Silic, Rue du Sagittaire

26 novembre 2016

Salazar, chef d'Etat catholique (abbé Beauvais)

11 mai 2016

Hommage 2016 à Sainte Jeanne d'Arc : discours de l'abbé Xavier Beauvais

12 octobre 2015

François, c'est par toi que je meurs (abbé Xavier Beauvais)

L'abbé Xavier Beauvais, ancien curé de St Nicolas du Chardonnet, aujourd'hui Prieur à Marseille et conseiller doctrinal de Civitas, s'adressait ce samedi 10 octobre 2015 à une délégation de militants de Civitas réunis devant la nonciature apostolique à Paris pour manifester leur inquiétude au sujet du Synode sur la famille organisé par le Pape François. Civitas fixe un prochain rdv le samedi 17 octobre à 15h à hauteur du n°7 de l'avenue Président Wilson (16ème arrondissement) face à la Nonciature.

Synode sur la famille

A l’initiative de l’Institut Civitas, le samedi 10 octobre 2015 un chapelet a été récité devant la Nonciature, médité par le RP Pierre, capucin, Supérieur du Couvent Saint-Bonaventure à Pontchardon (maison-mère : Morgon) et a été suivi de l’allocution suivante, prononcée par Monsieur l’abbé Xavier Beauvais :

Le 4 octobre [2015] s’est ouvert à Rome un synode sur la famille dont la première partie a eu lieu il y a un an, et qui avait déjà ouvert la voie de la reconnaissance des couples d’invertis, et à la possibilité de l’accès aux sacrements pour les divorcés remariés. C’est parce qu’un risque se présentait que de nombreuses voix se sont élevées et qu’ont été dirigées vers Dieu de nombreuses prières de par le monde.

De quel risque s’agit-il ? Celui d’achever le démantèlement de la morale familiale et conjugale et ce, non plus par des gouvernements fantoches et impies comme le nôtre, mais par les plus hautes autorités catholiques. Le risque d’achever la confusion parmi les catholiques eux-mêmes, le relativisme moral et doctrinal et au final l’apostasie générale, rendant les nations et les peuples de notre Europe chrétienne et du monde encore plus vulnérables face à toutes les entreprises de dissolution, à tous les poisons immoraux et contre-nature.

Certains parmi nous ont estimé inopportun ce genre de rassemblement. Question d’opinion ! Nous sommes d’une opinion contraire.

Certains pensent que les catholiques auraient tort de dépenser tant de zèle pour maintenir la doctrine intégrale de l’Eglise. Bien des choses vont mal mais, disent-il, tout s’arrangera puisque Dieu nous l’a promis. Ne vous en faites pas, tout ira bien. Lorsque Notre Seigneur recommande à Ses disciples de ne pas craindre les impies et de ne pas se troubler au cours des persécutions, ce n’est pas du tout pour les inviter à l’optimisme mais pour qu’ils se préparent, les yeux fixés sur Lui, aux souffrances et aux sévices qu’attirera sur eux l’amour qu’ils Lui portent.

Beaucoup de catholiques, prenant la sainte Ecriture au sérieux, voyant ce qui se passe, prévoyant ce qui va venir, n’éprouvent pas du tout le besoin de prendre un air guilleret et de s’exclamer en se frottant les mains : « Allons, allons, pas de bile ; Nous avons lieu de nous réjouir et même, pourquoi pas, de danser la carmagnole en prêchant l’insouciance. Evidemment, il arrive des aventures fâcheuses à l’Eglise, mais ne nous en occupons pas trop, surtout vous les laïcs. Dieu aplanira tout un jour ou l’autre ».

Or, pour que le règne de Dieu arrive, il ne suffit pas de concéder que bien des choses vont mal, puis de faire une pirouette et de se réfugier ensuite dans un optimisme béat et dans la seule prière, en laissant à qui voudra le soin de lutter pour l’Eglise. Certes, nous savons que Dieu la protège, mais nous savons aussi que pour la défense de sa doctrine, et maintenant en plus de sa morale, Il exige notre collaboration perpétuelle. Ce rassemblement aujourd’hui est une des manifestations de cette collaboration. Nous dérober, c’est nous conduire en fatalistes, et dans ce cas nous nous rendons indignes que Dieu écarte de nous la tentation et qu’Il nous délivre du mal car la foi qui n’agit pas, est-ce encore une foi sincère ?

Le synode sur la famille s’est donc ouvert à Rome depuis quelques jours. Comme l’a écrire Monsieur l’abbé Bouchacourt, supérieur du district de France pour la Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X : « Il pourrait avoir de graves conséquences sur la vie de l’Eglise et de la société ». Face à ce danger, le district de France a organisé une semaine de prières. La société est concernée, et si, devant un tel péril pour nos âmes et pour la société nous ne pouvons rester passifs, c’est tout à l’honneur de Civitas et de son président d’organiser ces trois journées de 3, 10 et 17 octobre, comme une profession publique de la foi catholique et de la morale que l’Eglise a toujours enseignée, et comme un acte de non passivité. Je ne peux donc que recommander fortement de vous procurer le livre de Monsieur François-Xavier Peron 1, livre qui vient de sortir sur ce sujet.

Ne pas prendre parti pour qui a raison – en l’occurrence le Magistère de l’Eglise de toujours en matière morale – c’est prendre parti pour l’erreur et se faire complice du désordre. Dans leur souci de rester au dehors et au dessus de la mêlée, c’est à quoi aboutissent ces faux spirituels. Civitas a choisi de n’être pas de ceux-là cet après-midi.

Il y a un abandon à Dieu qui vient de la force et de la piété, il y en un qui vient de la paresse. S’abandonner à Dieu sans faire, de son côté, tout ce qu’on peut c’est lâcheté et nonchalance que Dieu ne nous pardonnera pas quand il s’agit, ici en l’occurrence, de la morale chrétienne et spécialement du sacrement de mariage qu’Il a lui-même institué.

Nous ne pouvons donc pas rester indifférents. Nous voyons le comble de l’horreur dans l’indifférence au bien et au mal vers laquelle notre époque s’enlise avec une rapidité effrayante et qui s’explique sans s’excuser par la répétition des omissions, des lâchetés de ceux qu’elle envahit, en chloroformant leur esprit d’abord, leur conscience ensuite. Indifférence qui ne se contente pas d’exister honteusement mais qui ose s’afficher comme chrétienne, qui ose se justifier en prostituant le mot de miséricorde ; et elle a, de plus, l’audace de s’ériger en juge sévère de ceux qui s’entêtent à rester intraitables pour le péché.

L’époque de la réaction, c’est toujours aujourd’hui car si les autorités ecclésiastiques suivent la sagesse du monde et ses méthodes, finissant par trahir Notre Seigneur Jésus-Christ et son Evangile comme son Magistère de toujours, et conduisant l’Eglise et la société à leur perte, c’est à vous, catholiques, laïcs catholiques, de réagir. Trop souvent silencieux et impuissants, nous n’avons pas le droit de subir le déferlement d’un raz de marée qui menace de submerger le véritable esprit de l’Eglise.

Quand on veut faire abstraction de la morale chrétienne, on revient aux plus sombres heures de l’Histoire qui ont précédé la naissance du Christ. « A force de tout voir, on finit par tout supporter. A force de tout supporter, on finit par tout accepter ». Ainsi s’exprimait saint Augustin.

Et c’est toute la raison de notre présence ici et du combat que mène inlassablement Civitas pour vivre de la Vérité et ne pas supporter, accepter, approuver le mal. Il n’y a pas pire chose que celle de s’habituer au mal, au péché.

A force de côtoyer le mal, le péché, l’erreur, le vice, on risque de ne plus réagir contre lui, de vivre avec, on n’en prend plus la mesure, on l’accepte peu à peu et on l’assimile. Ce qui est un mal est bientôt considéré comme indifférent, puis comme un bien, puis comme la norme. C’est là la triste histoire de toutes les décadences et de tous les abandons, au point même qu’on entend parfois, parmi les meilleurs d’entre nous, finir par dire : « Faut pas exagérer ». Mais où est donc le ressort qui nous permet de rejeter toutes les perversions morales destructrices de la famille, de l’ordre naturel, qui ont pignon sur rue, que la loi civile prétend même nous interdire de fustiger et qui, hélas, semblent trouver une place de choix au Vatican ?

Combattons toute présomption en ce domaine. Oh, on peut toujours arguer qu’on veille au grain, qu’on tient les remèdes à portée de main et qu’on ne se laissera pas surprendre. C’est oublier qu’une pratique, une personne, une institution ont beaucoup plus d’influence par ce qu’elles sont, par les principes qu’elles mettent en jeu ou professent, que par ce qui paraît à l’extérieur par les paroles ou les intentions.

N’ayons pas d’illusion, nous sommes fortement marqués par l’esprit du monde, par les erreurs universelles professées par ce que saint Paul appelle : « Les esprits des ténèbres répandus dans les airs ». Bon gré, mal gré, nous héritons de manière plus ou moins marquée, nous héritons du monde une mentalité individualiste, un mépris du bien commun et de la discipline qu’il requiert, l’illusion que chacun de nous est un cas particulier ayant droit à des privilèges intangibles.

En laissant triompher les forces d’en bas, celles de la nature et de la chair, il est clair que, bien loin d’acquérir l’autonomie et la liberté, nous les perdons et devenons de plus en plus esclaves, avec de moins en moins de personnalité. Dans la fausse liberté ou licence, il y a décadence de la personnalité. On est dominé, on est de plus en plus une chose et de moins en moins un homme, un chrétien.

Défendons donc notre liberté contre la tyrannie de la perversité.

Que se passe-t-il alors aujourd’hui ?

On a beau rappeler que le mariage est indissoluble, on a beau rappeler que le mariage c’est entre un homme et une femme, mais que valent de si beaux rappels si tout, dans la pratique, dans les actes publics, ces rappels sont foulés aux pieds au point que certains parlent déjà d’un divorce catholique ? On croit rêver ! On feint de rappeler les principes pour mieux les transgresser allègrement. On rappelle la théorie de l’indissolubilité du mariage, mais en pratique on l’édulcore.

Or, le Pape vient de sortir deux décrets Motu Proprio qui révisent la procédure de déclaration de nullité de mariage. Il l’avait annoncé, il n’y a pas eu de Commission officielle comme les évêques l’avaient demandée. Ces décrets ont pour but de faciliter les annulations

Première chose, et c’est la grande révolution, c’est que maintenant il n’y a plus besoin que d’une sentence au lieu de deux. Il n’y a plus d’appel automatique à un deuxième tribunal, ce qui enlève une garantie car, jusqu’à maintenant, quand un mariage était déclaré nul, on avait la certitude qu’il était passé au moins par six juges ecclésiastiques. Ajoutez à cela, un avocat et un défenseur du lien. Selon le nouveau décret, une seule sentence suffit et, de plus, le Pape autorise à ce que le jugement soit porté par un seul juge. C’est la première révolution. On aura donc une accélération des procès de mariage.

En plus de cela, le Pape demande qu’on introduise une procédure accélérée. On est donc ici, dans une situation catastrophique parce que, là, c’est l’indissolubilité du mariage qui est directement atteinte. Il sera donc beaucoup plus facile de divorcer.

Quelles en seront les conséquences ? Et bien, c’est que les gens vont se marier beaucoup moins sérieusement parce que ce sera relativement facile d’obtenir un divorce. On s'expose alors la question : n’y aurait-il pas là une manœuvre oblique pour la communion des divorcés-remariés ?Obtenant si facilement la nullité de leur mariage, leur remariage serait ainsi rendu possible.

C’est dramatique et pour l’Eglise et pour la société.

Il y a eu des protestations de cardinaux, d’évêques, mais mollement. Ce qui vient de se passer est dramatique. C’est pour cela que nous réagissons ici, car on ne peut laisser passer cela dans l’indifférence générale. Ce qui se passe est extrêmement grave. De l’état de santé du mariage dépend l’état de santé de la société et de la société ecclésiastique. Le Pape a donc pris les devants et montre sans état d’âme sa volonté de faire bouger les choses, voire de tout chambouler. Ces deux documents, bourrés de sauce miséricordieuse, sont sortis pour accélérer et simplifier la procédure de nullité de certains mariages.

Une révolution qui correspond à ce que le pape François a déclaré lui-même en Equateur de sa propre foi , « la foi du Pape est toujours révolutionnaire ».

En aucun cas nous n’écouterons sa voix en ce domaine et les arguments fallacieux de ceux qui ont déjà détruit tant de vérités et qui entament désormais une destruction complète de la morale chrétienne et même naturelle. Il n’est pas possible de jeter un voile pudique sur ne révolution en marche, une révolution qui s’évertue à calmer les craintes pour amenuiser les réactions et lui permettre de poursuivre tranquillement un travail de sape.

Ainsi, comme l’écrivait il y a peu Monsieur l’abbé de la Rocque : « Que vient faire au synode monseigneur Bonny, évêque d’Anvers, fervent promoteur de la cause homosexuelle ? ».

Non, ce n’est pas en s’adaptant à l’homme, soi-disant parvenu désormais à l’âge adulte que l’Eglise ramènera plus facilement les pécheurs à la Vérité.

Non, ce n’est pas en relâchant son ancienne rigueur pleine de charité, et en se montrant plus indulgente à l’égard des aspirations et des exigences des peuples modernes, que l’Eglise nous conduira à la vie éternelle.

Non, ce n’est pas en passant sous silence la vérité doctrinale auprès des pécheurs que la grâce leur sera retrouvée, pas plus qu’en démolissant cette Vérité de manière à ne plus lui conférer le sens traditionnel auquel l’Eglise s’est toujours tenue.

On nous dit qu’il faut introduire une certaine liberté dans l’Eglise, afin que la puissance et la vigilance d e l’autorité en matière doctrinale sur le mariage indissoluble et l’attitude des invertis aient la faculté de développer plus librement les ressources de leur activité et de leur initiative dans l’Eglise elle-même.

Non, cette liberté ne serait autre qu’un libertinage aspergé d’eau bénite.

Nous serions alors dans l’hypocrisie la plus totale. On aura beau dire : si le Pape François a rappelé au début du synode quelques éléments doctrinaux, il ne peut être passé sous silence qu’en s’appuyant sur le sinistre cardinal Walter Kasper, le Pape veuille favoriser la possibilité d’une deuxième chance pour ceux dont le premier mariage religieux a été un échec. Il s’agit donc ni plus ni moins d’une tentative, non seulement inédite mais scandaleuse et catastrophique, de justifier l’adultère, l’état d’adultère, avec petite bénédiction à la clef s’il vous plaît.

Chez quelqu’un qui doit être le guide des aveugles dans la foi et la morale – et c’est le cas des évêques et du Pape -, l’hypocrisie qui détourne de la Vérité et de la sainteté des mœurs est une abomination d’autant plus grande, que grande est l’autorité du Pape auprès du peuple.

Malheur à vous donc, ecclésiastiques hypocrites, parce que vous fermez alors, au nez des hommes, le royaume des cieux par une pastorale qui n’est qu’hypocrisie et lâcheté !

La subversion étant toujours à l’œuvre dans l’Eglise, voilà cinquante ans que la pastorale conciliaire fait l’impasse sur la doctrine et, par voie de conséquence, a laissé s’éclore les désordres les plus grands jusque dans les familles. Et l’Eglise voudrait maintenant adapter l’enseignement de l’Eglise pour justifier les dégringolades pastorales les plus lamentables ? Il se justifie l’adage : « A force de ne pas vivre comme on pense, on finit par penser comme on vit ». On est donc ici en pleine morale de circonstance et en plein laxisme :

  • Accès des divorcés remariés à la communion,

  • Acceptation des remariages de divorcés,

  • Approbation des unions homosexuelles.

On adapte ainsi la pastorale aux signes des temps. Mai 68 a produit une « libération sexuelle », mais qui aurait pu imaginer qu’aujourd’hui il en serait de même dans l’Eglise ? Qui aurait pu imaginer cette révolution doctrinale qui se prépare sous couvert de pastorale ?

Quelques voix se sont faites entendre pour rappeler les principes doctrinaux, quelques cardinaux, quelques évêques qui ont tenté de réagir, de dénoncer le nouveau langage, de dénoncer ces glissements dans les formulations qui permettent de dire une chose qui, doctrinalement, ne souffre aucune contestation pour finir par une proposition irrecevable ou équivoque.

Très bien, mais Messieurs les cardinaux et évêques, soyez logiques, allez jusqu’au bout, c’est le concile Vatican II qu’il faut dénoncer. Vous dénoncez un mal, mais vous attaquez-vous aux causes ? N’hésitez plus, allez-y, c’est l’humanisme de Vatican II axé sur le culte de l’homme et de la personne qu’il faut attaquer, car c’est lui qui fait oublier l’existence de la morale naturelle la plus élémentaire.

L’Eglise ne pourra maintenir la sainteté de sa morale que par l’intégrité de sa foi. Si, comme aujourd’hui on épure les dogmes chrétiens, on leur retire toute valeur de commandement moral et intellectuel, toute existence objective, particulièrement au profit d’un vague sentimentalisme qui n’est pas catholique.

Etait-il prudent de réunir un tel synode en cette époque de subjectivisme qui submerge toute pensée, où la morale tend de plus en plus à ne plus dépendre que de la conscience ? C’est aujourd’hui du sein de la conscience et séparée de tout ce qui n’est pas elle que jaillissent désormais les valeurs morales. Déjà à partir de Kant, toute la morale, au lieu de dépendre de la prudence, reine des vertus morales, ne dépendra plus que de la conscience. A l’objectivité de la prudence, par conséquent, se substitue peu à peu la subjectivité de la conscience, origine du chaos actuel dans la pensée moderne et, hélas aujourd’hui, dans la pensée des hommes d’Eglise les plus hauts placés. La conscience individuelle va s’érigeant d’elle-même, peu à peu, en juge unique du bien et du mal, d’où le danger présent au synode d’incliner la morale vers le subjectivisme, substituant la logique au réel et l’utopie à l’être. Saint Thomas d’Aquin s’était pourtant bien gardé d’accorder à la conscience une place exorbitante dans l’activité morale de l’homme. Comme l’a si bien expliqué Marcel de Corte : « Son sens de l’objet pressentait combien cette reflexivité continue, propension maladive de tant d’intellectuels débranchés du réel, dénature la morale et finit pas naturaliser le surnaturel lui-même ».

C’est ce que nous constatons aujourd’hui : la disparition de la vertu de prudence a engendré l’apparition d’un succédané qui a, lui-même, dégénéré en vice : on ne peut appeler autrement « la conscience collective, alibi de toutes les démissions ».

Par notre attitude ferme dans la foi, et dans la morale chrétienne qui en découle, nous accorderons à ces pauvres pécheurs qui demeurent nos frères, ce que le pape Pie XII appelait la première charité, celle de la Vérité. Et c’est cette Vérité qui les délivrera. N’oublions jamais cette remarque de saint Pie X : « Si Jésus a été bon pour les égarés et les pécheurs, Il n’a pas respecté leurs convictions erronées, quelques sincères qu’elles paraissent ; Il les a tous aimés pour les instruire, les Convertir et les sauver ». Voilà la seule attitude chrétienne concevable pour les divorcés remariés et les homosexuels : les aimer pour les instruire, les corriger, les guérir, les convertir et les sauver, prier pour eux, les encourager à les sortir de leur état de péché, les aider à surmonter les difficultés pour se mettre en règle avec la loi de Dieu, dût-il y avoir réprimande sévère au pécheur en vue de le réconcilier avec Dieu.

Il en est de même en ce qui concerne les invertis. L’homosexualité est un désordre grave, un péché dont l’acte spécifique est rangé par la Sainte Ecriture parmi « les péchés criant contre le ciel ». Et l’Eglise doit échapper à la pression venue d’un monde dépravé et de mœurs corrompues. Or, scandale, elle prône l’accueil des invertis en tant que tels et n’appelle plus à la conversion, à la pénitence, au combat contre des tendances désordonnées et peccamineuses.

« Comment, écrivait Monsieur l’abbé Thouvenot, comment un comportement contre nature et intrinsèquement désordonné peut-il être présenté positivement ? Comment un péché qui crie contre le ciel est-il devenu une « orientation sexuelle » capable d’apporter « des dons et des qualités » à la communauté chrétienne ? Que signifie cet éloge à peine déguisé du sens du sacrifice entre personnes inverties ? Veut-on aller jusqu’à comparer cette « aide précieuse pour la vie des partenaires » à la fidélité et au soutien des époux dans le mariage ? Ce serait l’un de ces « rapprochements blasphématoires » entre l’Evangile et la révolution que saint Pie X dénonçait il y a plus d’un siècle. Comment des hommes d’Eglise peuvent-ils trouver des valeurs positives ou des sujets d’édification dans de tels vices qui sont autant de situations de péché ? ».

Je vous le demande : que peuvent donc bien nous apporter comme dons et qualités les personnes inverties ? Garantissons-leur un espace de fraternité ? Et quoi encore ! ces dons et qualités viendraient-ils de leur homosexualité ? Depuis quand l’Eglise devrait-elle accepter un comportement désordonné et contre-nature, nommé pudique orientation ?

Dans le combat que nous menons, gardons-nous de tout romantisme. Les romantiques sont essentiellement ceux qui n’appellent pas les choses par leur nom. Individualistes, ils nomment cet individualisme « charité », font goûter l’amour humain comme divin, ont mis l’homme à la place de Dieu et l’ont appelé Dieu, leur lyrisme a partout substitué de fausses et confuses images à des notions réelles et précises. Ces confusions du langage, cette corruption des mots, signe d’un déséquilibre de la pensée et du cœur, sont d’autant plus redoutables que, le langage étant essentiellement social, a un pouvoir de contagion immédiat. C’était une citation d’Henri Massis.

[En appliquant maintenant aux mœurs l’esprit et la théologie nouvelle du concile Vatican II, qui substitue l’adoration de la créature à celle du Créateur et se tourne vers une exaltation de la dignité presque infinie de la personne humaine, c’est tout l’anthropocentrisme du concile Vatican II qui s’impose, c’est-à-dire l’évacuation de toute référence à Dieu pour ne considérer que l’homme dans son indépendance.

« On sort, écrira le cardinal Burke, on sort du cadre traditionnel où prévaut l’institution du mariage pour entrer dans celui très moderne où prime l’individu ».

Le bien de la personne semble aujourd’hui être ce qu’il y a de premier. On a même entendu qu’on ne pouvait opposer la loi au bien de la personne, pour ne pas trahir sa propre vérité.

Fin XIXème, on entendait déjà des ecclésiastiques, ainsi le P. Hecker, clamer :

« L’Eglise est fermée, et pour faire entrer les dissidents dans son enceinte, il ne suffit pas de les amener à elle, il faut abaisser les barrières, élargir les portes ».

Ce fut chose faire quant à la foi au concile Vatican II. On a ouvert les fenêtres par lesquelles tant d’erreurs se sont engouffrées. Les fruits sont terriblement amers. Mais, de même qu’un autre sinistre personnage du nom de Peillon a pu dire en son temps que 1789 n’était pas terminé, de même Vatican II qui fut, aux dires du cardinal Suenens, 1789 dans l’Eglise, Vatican II n’a pas terminé ses ravages. Après avoir laissé les portes ouvertes à toutes sortes d’hérésies et de pratiques insensées du point de vue doctrinal, voilà qu’on continue cette œuvre de destruction en touchant à la morale. Et c’est ainsi que le pape François continue 1789. C’est qu’en effet la révolution ne s’arrête pas tant qu’elle n’a pas atteint ses objectifs. La révolution copernicienne dans l’Eglise, c’est la pastorale se substituant au dogme.

Or, si l’apôtre doit semer la Vérité toute entière,al donner parfois par miettes, il ne peut jamais la cacher, l’édulcorer, la déformer.

Il doit la donner avec l’autorité de l’Eglise de toujours, l’autorité qu’elle tient de Notre-Seigneur Jésus-Christ, une autorité qui peut, à l’occasion, être adoucie de compréhension mais qui doit, cependant, toujours s’affirmer.

Or, la pastorale conciliaire a déplacé son objet. Au lieu de faire à Dieu sa place haute et grande, elle exalte l’homme en cherchant à le diviniser sans purification, au rabais, le diviniser sans Dieu mais pour en faire un dieu. C’est cette pastorale qui, oubliant Dieu et Ses exigences, va orienter les âmes sur le social, l’écologie, la protection de la planète et autres billevesées mondialistes.

Et l’ont trahit l’Evangile. Nous crions aujourd’hui à la trahison, une trahison où la foi cède la place à tout un pathos sentimental. Depuis 2014, nous arrivons ainsi à une nouvelle étape : la doctrine et la liturgie ont été quasiment réduites en miettes, il faut alors passer à la vitesse supérieure et attaquer les principes de la morale catholique en justifiant le péché. Et cela nous ne le pouvons pas.

Il faut enfin dire un mot sur un thème qui plane depuis quelques temps sur le synode et dans les expressions du pape François, un thème qui reviendra comme un refrain tout au long de l’année qui vient : celui de la miséricorde.

Il convient avant tout de rappeler et de marteler ce que saint Pie X disait aux âmes, certes généreuses, mais dévoyées du Sillon : « La doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité n’est pas dans la tolérance des convictions erronées, même sincères, ni dans l’indifférence théorique ou pratique pour l’erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères, mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien être matériel ».

Il ne peut y avoir opposition entre miséricorde et Vérité. Pour qu’il y ait une authentique miséricorde, il faut qu’elle soit fondée sur la Vérité. Or, on sait que les « exceptions pastorales » des progressistes finiront par devenir la règle. Toute miséricorde doit être finalisée par la conversion, et cette dernière est toujours une conversion à la Vérité.

Quand le pape François cite le discours de Jean XXIII pour l’ouverture du concile Vatican II : « Aujourd’hui, l’Epouse du Christ, préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité », on sait bien ce que signifie, au fond, cette miséricorde et tous les abandons qu’elle contient ; La vérité c’est que condamner l’erreur est précisément une grande miséricorde parce que l’erreur menace le troupeau.

La vraie miséricorde est celle qui consiste à avoir grande pitié de ces âmes gisant dans l’ombre de la mort, à leur prêcher la Vérité incarnée, Jésus-Christ, la foi indispensable au salut.

Or, la nouvelle doctrine sur la miséricorde permet de donner à l’église conciliaire un esprit, une mystique qui lui corresponde. Cette miséricorde est entendue comme une sorte d’humanitarisme universel qui prétend unir les hommes, non plus sur Jésus-Christ et la Vérité, mais sur les droits de l’homme et des peuples, dans un mondialisme multiculturaliste et œcuméniste. En s’hypnotisant par une fausse miséricorde sur certains cas limites, douloureux certes, on risque fort de perdre de vue le bien commun de la société toute entière et de l’Eglise.

Pastorale de miséricorde et non de répression ? Nous voilà en plein relativisme ! Pénitence, regret, conversion ne seraient-ils plus que des termes correspondant à une pastorale de répression ? C’est là une dialectique inacceptable ! Elle trompe sur les mots et détruit la vraie notion de miséricorde. La miséricorde dévoyée est la pire des choses.

Notre Seigneur Jésus-Christ n’a pas hésité à fréquenter les pécheurs, mais dans le but de faire du bien à leurs âmes, dans le but de les attirer à la Vérité et les convertir et certainement pas en prenant des moyens soi disant pastoraux qui les auraient maintenus dans leurs péchés.

Comme tout ce qui existe sur terre, ce noble sentiment de miséricorde, de compassion, peut être déformé et utilisé abusivement.

« Qui suis-je pour juger ? » a-t-on entendu. Une telle affirmation est l’indice d’une incompréhension de ce qu’est la compassion. Au cœur de ce malentendu se trouve l’idée fausse que la compassion vient seulement des émotions, sans implication de la raison et en particulier du jugement moral.

Dans cette perspective erronée, la compassion envers le prochain se concentre exclusivement sur la satisfaction des besoins et le soulagement de la souffrance. Mais si cette souffrance est causée par une conduite pécheresse, comme c’est le cas dans l’homosexualité, alors la compassion consisterait à accepter cette conduite et non à la rejeter. C’est la compassion libérale qui embrasse tout et ne juge pas.

Cette compassion qui ne juge pas est à la fois fausse et absurde. Saint Thomas d’Aquin enseigne que le sentiment de compassion ne devient une vertu que quand il est guidé par la raison car il est essentiel pour la vertu humaine que les mouvements de l’âme soient régulés par la raison. Sans cette régulation, la compassion n’est qu’une passion. Comme les passions, la compassion est alors une inclination puissante mais irrationnelle, et elle est donc potentiellement dangereuse puisqu’elle peut favoriser non seulement le bien mais aussi le mal.

Tout faire pour aider les pécheurs ne signifie pas les aider à pécher ou à rester dans le vice. A cause de la faiblesse humaine, un pécheur mérite pitié, compassion, miséricorde. Mais le vice et le péché doivent être exclus de cette compassion car le péché ne peut jamais être le véritable objet de la compassion.

Parler donc de compassion qui ne juge pas est une contradiction dans les termes puisque cela revient à nier le rôle fondamental de la raison et de la morale.

D’un point de vue catholique et rationnel, la compassion n’est authentique que lorsqu’elle vise au bien du prochain. Ce bien consiste avant tout dans son salut éternel et comprend aussi le soulagement de ses souffrances temporelles. L’aider à rester dans le vice et le péché à cause d’une pitié inconsidérée pour ses souffrances temporelles revient à faire fi de son bien spirituel et de son salut éternel. Il n’existe pas de plus grande cruauté.

Alors, par pitié, Très Saint Père, ne nous parlez plus d’écologie, de pauvreté révolutionnaire, de protection de l’environnement, ne nous parlez plus d’accueil des migrants, parlez-nous de Jésus-Christ Sauveur du monde, de grâce parlez-nous en Pape, c’est de cela dont le peuple a faim et soif. Très Saint Père, vos actes et vos paroles dont de nous des affamés, nous avons faim et soif, ne nous laissez pas mourir, nous ne voudrions pas devoir dire un jour ce que sainte Jeanne d’Arc avait dit à l’évêque Cauchon :

« François, c’est par toi que je meurs ».

Abbé Xavier Beauvais

Fraternité Sacerdotale Saint-Pie X

27 juin 2015

La liberté de conscience - Abbé Xavier Beauvais

 

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  1. Nature de la liberté

a/ Notion vraie de la liberté

La liberté est «la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but déterminé ; en ce sens que celui qui a la faculté de choisir une chose entre plusieurs autres, celui-là est maître de ses actes » (Libertas Praestantissimum – SS Léon XIII – 28 juin 1888)

Cette faculté de choisir suppose nécessairement un jugement préalable, c’est-à-dire un acte de l’intelligence ou de la raison.

« Il est impossible à la volonté de se mouvoir, si la connaissance de l’esprit, comme un flambeau, ne l’éclaire d’abord (…) le choix est toujours précédé d’un jugement (…) »

C’est ainsi que les êtres doués de liberté sont les seuls êtres intelligents. Il s’ensuit que le choix des moyens doit toujours être réglé par la droite raison.

La liberté dont nous parlons ici est la liberté naturelle, source d’où découlent les autres véritables libertés.

Dieu, essentiellement et parfaitement libre, a créé à son image, les anges et les hommes. Seuls, dans la création, l'ange et l'homme ont reçu de l'Eternel cette grâce d'être, à son exemple, intelligents et libres.

La liberté est donc inhérente à la nature de l'homme. Elle est un don du créateur. Elle est "la volonté même en tant que, dans ses actes, elle a la faculté de choisir" (Libertas)

Les animaux sont mus par leur instinct. Aucun n'est doué d'intelligence. Les instincts merveilleux que nous admirons d'un grand nombre d'entre eux attestent seulement l'intelligence souveraine du créateur, qui les a si bien assortis aux besoins de l'homme, ou admirablement pourvus pour leur propre conservation.

b/ Dieu et la liberté de l'homme

L'homme, simple créature, dépend nécessairement de son créateur. Il dépend de Dieu de par sa nature même qui est créée.

Il ne peut pas cesser d'être dépendant pas plus qu'il ne peut cesser d'être créature.

L'homme ou l'ange rebelle a beau lui refuser le libre hommage de sa dépendance, celle-ci demeure toujours. Qu'il le veuille ou non, il porte en lui le souverain domaine de Dieu plus profondément que le sang de ses veines et la moelle de ses os.

S'il se révolte, il demeure le justiciable de Dieu et ne lui échappera pas.

Semblable à Dieu, parce qu'il est à son image et à sa ressemblance, c'est-à-dire doué d'intelligence et de liberté, sans parler ici des dons de la justice originelle, l'homme ne peut donc sans blasphémer, dire à Dieu

"Je suis ton égal parce que je suis libre comme toi. Tu n'as pas de maître, je n'en ai pas non plus. Tu fais toute chose selon ta propre sagesse et ta volonté; ainsi moi, je ne marcherai qu'à la lumière de ma raison et selon mon bon plaisir. Nul ne dirige tes conseils; je penserai librement, moi aussi, je serai libre penseur. En un mot, je croirai ce que je voudrai, je ferai ce qu'il me plaira. Je ne servirai pas."

L'homme ne peut ni le dire ni le penser sans blasphémer. C'est la parole de Satan. Dieu est le créateur et le souverain maître. L'homme est la créature et le sujet. Toutes les nations sont devant Dieu comme si elles n'étaient pas. L'homme n'a pas cessé d'être, en lui-même, poussière et cendre devant l'Eternel.

La révolution n'a rien changé à cet ordre naturel.

Fille de l'orgueil, elle a enflé l'homme, elle ne l'a point grandi. Elle n'a pas diminué Dieu.

Par son âme intelligente et libre, don du créateur, l'homme est semblable à Dieu, il est vrai; il n'est point son égal.

Il ne l'est sous aucun rapport.

Dieu est parfait, l'homme est imparfait et fragile.

La liberté de Dieu est parfaite comme son intelligence et ne peut faillir.

La liberté de l'homme est imparfaite comme sa raison.

Sujette à l'erreur, la raison entraîne la volonté dans ses défaillances.

Souvent, en effet, la raison propose à la volonté, non pas un bien réel, mais une apparence de bien, un mirage

"Pareillement, la volonté, par le seul fait, qu'elle dépende de la raison, dés qu'elle désire un objet qui s'écarte de la droite raison, tombe dans un vice radical qui n’est que la corruption et l'abus de la liberté" (Libertas)

IL importe donc de bien mettre en lumière cette double vérité

- l'homme est libre mais sa liberté est imparfaite. Elle est sujette à défaillir.

- Elle le constitue maître de ses actes, mais le maintient toujours dans le domaine de Dieu.

Saint Augustin résume bien cette doctrine

"Dieu a donné à l’homme la liberté en le menaçant de mort s'il péchait; lui donnant le libre arbitre, de manière toutefois à le garder sous son empire, à l'effrayer par sa menace"

c/ La liberté devant la loi

Dieu reste le maître.

C'est l'ordre naturel.

Les droits de Dieu sont nécessaires et imprescriptibles.

Usant de ses droits, Dieu donne à l'homme sa loi.

Sa loi est l'expression de sa volonté.

L'homme connait la volonté de Dieu par la loi de Dieu. Il est donc tenu de s'y soumettre : toute désobéissance à la loi divine est une violation de l'ordre naturel qui existe entre la créature et le créateur; c'est une véritable injustice.

La loi divine – et il faut en dire autant, proportion gardée, de toute loi humaine qui est juste –

- non seulement n’est pas contraire à la vraie liberté de l’homme

- mais lui vient puissamment en aide, puisqu’elle doit être réglée par la droite raison qui ordonne d’obéir à Dieu.

La loi divine est une admirable lumière qui éclaire l'homme sur ses devoirs, l'aide à les accomplir, et lui sert très efficacement à atteindre sa fin.

Elle l'empêche de s'égarer dans les ténèbres de l'erreur, de se perdre éternellement.

Elle le préserve de l'esclavage de ses passions et de la corruption du mal.

Ainsi, quand l'homme soumet sa liberté à la loi de Dieu, expression de la volonté divine

- d'une part, il rend à Dieu un hommage qui lui est dû en stricte justice,

- d'autre part, il suit la seule voie où il puisse faire son salut.

Il n'abdique pas sa dignité, il l'assure.

Il ne perd pas sa liberté, il la sauve.

Au lieu d'en abuser et de la profaner, il la consacre.

Le psaume 118 est d'ailleurs un magnifique commentaire de cette vérité.

C'est à la lumière de ces vrais principes que nous connaîtrons la valeur des libertés modernes.

Nous commençons par la liberté de conscience.

Auparavant, méditons ces paroles du Pape Léon XIII dans Libertas.

"Nous avons parlé ailleurs, et notamment dans l'encyclique "Immortale Dei" de ce que l'on nomme les libertés modernes; et distinguant en elles le bien de ce qui lui est contraire, Nous avons en même temps établi que tout ce que ces libertés contiennent de bon, tout cela est aussi ancien que la vérité :

"Tout cela, l'Eglise l'a toujours approuvé avec empressement et l'a admis dans la pratique. Ce qui s'y est ajouté de nouveau, apparaît, à qui cherche le vrai, comme un élément corrompu, produit par le trouble des temps et par l'amour désordonné du changement. Mais puisque beaucoup s'obstinent à voir dans ces libertés, même en ce qu'elles ont de vicieux, la plus belle gloire de notre époque et le fondement nécessaire des constitutions politiques, comme si, sans elles, on ne saurait imaginer de parfait gouvernement, il Nous a paru nécessaire pour l'intérêt public, en face duquel Nous Nous mettons, de traiter à part cette question."

 

  1. La liberté de conscience

a/ Qu'est ce que la liberté de conscience ?

Les ennemis de l'Eglise ont grandement abusé de ce terme. Beaucoup de catholiques l'emploient sans discernement et augmentent la confusion des idées.

C'est là cependant, pour les âmes, une question de vie ou de mort. Il n'est pas permis à un catholique de pactiser avec l'erreur. C'est une grave imprudence et une complaisance coupable, de laisser entendre aux ennemis de l'Eglise que nous sommes d'accord avec eux.

Le mot "liberté de conscience" s'entend et se lit partout. Nous avons dit que la liberté est la faculté de choisir entre les moyens qui conduisent à un but.

Rappelons que la conscience est l'intelligence même de l'homme en tant qu'il a connaissance de lui-même et se rend compte de ses actes et de leur moralité.

Le terme liberté de conscience a 2 sens

- l'un catholique,

- l'autre révolutionnaire.

  • Sens catholique

On peut entendre la liberté de conscience en ce sens que l'homme, dans sa conduite privée et publique, a le droit, comme le dit Léon XIII, dans « Libertas »

"de suivre, d'après la conscience de son devoir, la volonté de Dieu, et d'accomplir ses préceptes, sans que rien puisse l'en empêcher. Cette liberté, la vraie liberté, la liberté digne des enfants de Dieu, qui protège si glorieusement la dignité de la personne humaine, est au-dessus de toute violence et de toute oppression, et elle a toujours été l'objet des vœux de l'Eglise et de sa particulière affection. C'est cette liberté que les apôtres ont revendiqué avec tant de constance, que les apologistes ont défendu dans leurs écrits, qu'une foule innombrable de martyrs ont consacrée de leur sang. Et ils ont eu raison; car la grande et très juste puissance de Dieu sur les hommes, et d'autre part le grand et le suprême devoir des hommes envers Dieu trouvent l'un et l'autre dans cette liberté chrétienne un éclatant témoignage. Elle n'a rien de commun avec des dispositions factieuses et révoltées, et d'aucune façon, il ne faudrait se la figurer comme réfractaire à l'obéissance due à la puissance publique; car ordonner et exiger l'obéissance aux commandements n’est un droit de la puissance humaine qu'autant qu'elle n'est pas en désaccord avec la puissance divine et qu'elle se renferme dans les limites que Dieu lui a marquées."

On le voit, cette liberté de conscience est l'opposé de celle que prônent les libéraux.

Au lieu d'être une enflure de la raison humaine qui s'admire, s'adore elle-même et se révolte contre Dieu, la liberté de conscience, au sens catholique, est la liberté de soumettre sa conscience, c'est à dire sa raison et sa volonté, à la pensée et à la volonté de Dieu; c'est la liberté de servir Dieu, armée d'une sainte audace qui ne se laissera pas intimider ou détourner de son devoir par aucune puissance créée.

Elle est "au-dessus de toute violence et de toute oppression".

Elle tient en bride les passions.

Elle méprise les flatteries.

Elle brave le respect humain et ne rend jamais aux caprices de César, ni aux préjugés de la foule un hommage qui n'est dû qu'à Dieu seul.

Elle refuse d'édifier sur le sable mouvant des opinions humaines, et demeure fixée sur le roc inébranlable, immuable de l'éternelle vérité.

 

  • Au sens révolutionnaire et libéral

La liberté de conscience, c'est le prétendu droit de penser, de croire, ce que l'on veut même en religion et en morale; de répandre à son gré, ses opinions dans la foule, par la parole ou par la presse, ou par tout autre moyen.

Au nom de la liberté de conscience, l'homme est maître de choisir sa religion, ou de n'en avoir aucune.

S'il veut bien en choisir une, il en prend ce qui lui convient et laisse le reste.

Il prend par exemple dans la religion catholique les vérités que sa raison trouve acceptables, mais il rejette les autres, principalement les mystères.

L'homme a donc, de par la liberté de conscience, des droits naturels vis à vis de Dieu, ou mieux, contre Dieu.

Telle est la théorie du libéralisme. Il la formule parfois autrement, peu importe, c'est le sens le plus ordinaire du terme "liberté de conscience".

b/ Que penser de la liberté de conscience au sens libéral ?

La liberté de conscience est - une absurdité

- une impiété

- un délire

- une peste

  • une absurdité

Car cette doctrine repose tout entière sur une erreur capitale. Cette erreur, c'est l'indépendance de la raison même.

Dans son encyclique "Libertas" après avoir exposé la nature de la liberté humaine, Léon XIII continue en ces termes:

"Si on entend la liberté, légitime et honnête, telle que la raison nous décrit, nul n'oserait plus poursuivre l'Eglise de ce reproche qu'on lui jette avec une souveraine injustice, à savoir qu'elle est l'ennemi de la liberté des individus ou de la liberté des Etats. Mais, il en est un grand nombre qui, à l'exemple de Lucifer, de qui est ce mot criminel: "Je ne servirai pas", entendent par le nom liberté tout ce qui n'est qu'une pure et absurde licence. Tels sont ceux qui appartiennent à cette école si répandue et si puissante et qui, empruntant leur nom au mot de liberté, veulent être appelés libéraux ».

Et en effet, ce que sont les partisans

- du naturalisme

- et du rationalisme

en philosophie, les fauteurs du libéralisme le sont dans l'ordre moral et civil, puisqu'ils introduisent dans les mœurs et la pratique de la vie les principes posés par les partisans du naturalisme.

Or, le principe de tout rationalisme, c'est la domination souveraine de la raison humaine, qui refusant l'obéissance due à la raison divine et éternelle, et prétendant ne relever que d'elle-même, ne reconnaît qu'elle seule pour

- principe suprême, )

- source )

- et juge ) de la vérité.

Telle est la prétention des sectateurs du Libéralisme dont Nous avons parlé ; selon eux, il n'y a dans la pratique de la vie aucune puissance divine à laquelle on soit tenu d'obéir, mais chacun est à soi-même sa propre loi. De là, procède cette morale appelée « indépendante » et qui, « sous l'apparence de la liberté », détournant la volonté de l'observation des divins préceptes, conduit l'homme à une licence illimitée.

Sans doute, au sens physique, l'homme a le pouvoir de refuser à Dieu son hommage. Dieu, maître suprême, ne meut point la volonté humaine comme un artisan meut son outil.

Mais moralement, l'homme n'est pas libre de résister à Dieu, ni par conséquent, d'embrasser ou non le catholicisme.

Sa conscience est liée par la loi de Dieu; il est obligé d'obéir à ses ordres.

L'homme n'a pas, contre Dieu, de liberté morale parce qu'il n'est pas indépendant.

La liberté de conscience, qui repose sur cette erreur de l'indépendance humaine, comme sur sa base, est une absurdité.

  • La liberté de conscience est une impiété

Le libre penseur se pose devant Dieu en juge suprême de ce qu'il doit croire ou ne pas croire.

Il choisit dans la religion, ce qui lui plaît.

Par la même, il fait injure à Dieu et se montre impie, parce qu'il suppose, en rejetant certains dogmes

- ou que Dieu s'est trompé en les révélant

- ou qu'il nous a trompés

- ou que sa parole n'est pas digne d'être crue.

Il faut ici observer qu'on se rend également coupable en rejetant toutes les vérités révélées de Dieu ou bien en refusant seulement d'en croire une partie.

Dans les 2 cas, c'est une injure faite à Dieu.

Sa révélation, c'est sa parole.

Il parle pour être cru

pour l'être sur parole.

C'est son droit.

La pensée divine et la parole qui la traduit dominent de haut les opinions de la foule et les sottes prétentions de la libre pensée.

Dieu, quand il parle pour révéler une vérité, un mystère, fait acte d'autorité, aussi bien que quand il intime un ordre.

L'homme doit croire comme il doit obéir, et la foi même est un acte de soumission.

 

Toute défiance de l'orgueil humain vis à vis de la parole du souverain maître est - une insulte

- un crime de lèse majesté.

 

  • La liberté de conscience est un délire et une peste

Il suffit d'écouter Grégoire XVI dans "mirari vos".

Après avoir flétri énergiquement l'indifférentisme.

"Cette opinion funeste, répandue par la fourberie des méchants, qu'on peut, par une profession de foi quelconque, obtenir le salut de l'âme, pourvu qu'on ait des mœurs conformes à la justice et à la probité", le pape continue

"De cette source empoisonnée de l'indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu'on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l'Église et de l'État, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d'impudence, ne craignent pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh ! "quelle mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l'erreur ! " disait saint Augustin. En voyant ôter ainsi aux hommes tout frein capable de les retenir dans les sentiers de la vérité, entraînés qu'ils sont déjà à leur perte par un naturel enclin au mal, c'est en vérité que Nous disons qu'il est ouvert ce " puits de l'abîme ", d'où saint Jean vit monter une fumée qui obscurcissait le soleil, et des sauterelles sortir pour la dévastation de la terre. De là, en effet, le peu de stabilité des esprits ; de là, la corruption toujours croissante des jeunes gens ; de là, dans le peuple, le mépris des droits sacrés, des choses et des lois les plus saintes ; de là, en un mot, le fléau le plus funeste qui puisse ravager les États ; car l'expérience nous l'atteste et l'antiquité la plus reculée nous l'apprend : pour amener la destruction des États les plus riches, les plus puissants, les plus glorieux, les plus florissants, il n'a fallu que cette liberté sans frein des opinions, cette licence des discours publics, cette ardeur pour les innovations."

Dans "quanta cura", Pie IX parle en ces termes de "la liberté de conscience".

"En conséquence de cette idée absolument fausse du gouvernement des sociétés, ils (les tenants du naturalisme) n’hésitent pas à favoriser cette opinion erronée, funeste, on ne peut plus fatale à l'Église catholique et au salut des âmes, et que Notre Prédécesseur d'heureuse mémoire, Grégoire XVI, appelait un délire savoir que : " La liberté de conscience et des cultes est un droit propre à chaque homme ; qu’il doit être proclamé et assuré dans tout Etat bien constitué ; et que les citoyens ont droit à la pleine liberté de manifester hautement et publiquement leurs opinions, quelles qu'elles soient, par la parole, par l’impression ou autrement, sans que l'autorité ecclésiastique ou civile puisse la limiter ". Or, en soutenant ces affirmations téméraires, ils ne pensent pas, ils ne considèrent pas qu'ils prêchent une liberté de perdition, et que " s'il est toujours permis aux opinions d’entrer en conflit, il ne manquera jamais d’hommes qui oseront résister à la vérité et mettre leur confiance dans le verbiage de la sagesse humaine, vanité extrêmement nuisible que la foi et la sagesse chrétienne doivent soigneusement éviter, conformément à l'enseignement de Jésus-Christ lui-même "

Ce passage que je viens de citer renferme donc une condamnation solennelle, prononcée par Pie IX contre la liberté de conscience, celle des cultes et celle de la presse. C'est un coup décisif porté aux libertés modernes prônées comme des conquêtes de la révolution.

Pie IX, usant de la plénitude de son autorité ajoute en effet:

"Nous réprouvons, par Notre autorité apostolique, Nous proscrivons, Nous condamnons, Nous voulons et ordonnons que tous les enfants de l'Eglise catholique tiennent pour réprouvées, proscrites et condamnées, toutes et chacune des mauvaises opinions et doctrines signalées en détail dans les présentes lettres."

Quelles sont ces propositions (XV, XVI, XVII et XVIII) condamnées au Syllabus ?

XV - Il est libre à chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura réputée vraie d'après la lumière de la raison.

XVI - Les hommes peuvent trouver le chemin du salut éternel et obtenir le salut éternel dans le culte de n'importe quelle religion.

XVII - Au moins doit-on bien espérer du salut éternel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la véritable Eglise du Christ.

XVIII - Le protestantisme n'est pas autre chose qu'une forme diverse de la même vraie religion catholique, forme dans laquelle on peut être agréable à Dieu aussi bien que dans l'Eglise Catholique.

Dans l'encyclique "Libertas", Léon XIII fait tout au long le procès de la liberté de conscience.

Tout catholique doit donc condamner sans réserve, comme l'Eglise le condamne, la liberté de conscience au sens vulgaire, c'est-à-dire au sens révolutionnaire.

On dit couramment, dans le peuple, que chacun doit suivre ses idées, même en matière de religion; que toutes les religions sont bonnes.

Voilà des formules qui couvrent des erreurs très graves.

Non, l'homme n'a pas le droit de choisir entre la vérité et l'erreur, pas plus qu'entre le bien et le mal.

Il n'a pas davantage le droit de s'y montrer indifférent.

Nous sommes trop souvent témoins de complaisances qui sont de véritables lâchetés. L'ignorance ne les excuse pas toujours.

En 1899, à la chambre des députés, un orateur tenait le langage suivant (CF. Journal officiel)

"A nous catholiques et à nos frères les religieux, on fait des reproches immérités quand on nous présente comme les ennemis du droit le plus sacré de l'humanité, le droit à la liberté de conscience."

Pour être compris, à la chambre des députés, l'orateur ne pouvait parler que de la liberté de conscience au sens libéral. C'est bien celle-là que l'Eglise a condamnée, et tous les catholiques doivent la condamner avec elle, n'en déplaise à l'orateur.

La "semaine religieuse de Cambrai" avait répondu en ces termes

"L'humanité a le droit et le devoir de se soumettre à la loi de Dieu et d'accepter la vérité que Dieu daigne lui révéler. C'est là son droit et son devoir le plus sacré. Réclamer la liberté de conscience, en présence de l'autorité divine qui impose une croyance et une loi, c'est ce qu'ont fait Lucifer et ses anges; c'est ce que l'humanité n'a point plus qu'eux le droit de faire"

Donc, non, la liberté de conscience n'est pas un droit de l'humanité. Le droit sacré est d'abord le droit de Dieu; son droit d'être écouté, d'être cru sur parole, d'être obéi sans réplique.

Le droit sacré de l'humanité est celui qu'elle a reçu de Dieu et que Dieu même a sanctionné.

C'est le droit de connaître la vérité, de n'être pas trompé, égaré par les hérétiques et les faux-prophètes de la libre pensée. C'est le droit d'être mis à l'abri de l'empoisonnement moral qui est la suite naturelle des libertés modernes.

Répétons avec le pape

"Tout ce que ces libertés contiennent de bon, tout cela est aussi ancien que la vérité. Ce qui s'y est ajouté de nouveau apparaît à qui cherche le vrai comme un élément corrompu, produit par le trouble des temps et par l'amour désordonné du changement"

Comment résumer ce que nous venons de dire sur le sujet ?

Résumons sous forme de réponse à une objection courante.

Objection - L'homme a reçu de Dieu la liberté

- Donc il est libre - de penser à son gré

- de vouloir

- d'agir

1 - L'homme a reçu de Dieu la liberté physique.

Dieu ne violente pas sa volonté dans le choix qu'elle fait des moyens pour arriver au but.

2 - L'homme a reçu de Dieu la liberté morale de choisir entre plusieurs choses permises.

3 - L'homme n'a pas la liberté morale de désobéir à Dieu, à sa volonté, à sa loi naturelle ou révélée,

ni même de désobéir à une loi humaine quand elle est juste.

Le propre de la loi est en effet de lier sa volonté à celle de Dieu,

d'obliger la conscience de la créature raisonnable.

Dieu reste le maître. Il entend bien n'abdiquer jamais.

"Je ne donnerai pas ma gloire à un autre" (Isaïe, XLVII,8)

 

L'intérêt de l'homme, bien compris, à la lumière de l'éternité, lui enjoint aussi de se soumettre.

 

Abbé Xavier Beauvais,

conseiller doctrinal de Civitas

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