14 mai 2009

Jeunes gens, inspirez-vous de l'esprit chevaleresque !

chevalierchargeant.jpg On a défini la chevalerie « la forme chrétienne de la condition militaire », ou encore « la force armée au service de la vérité désarmée ». Par ses origines, la chevalerie remonte à un vieil usage des pays germaniques, la « remise des armes », ou l’investiture donnée au fils du noble lorsqu’il était arrivé à l’âge de combattre. La chevalerie cependant ne doit pas être confondue avec la noblesse. Tout noble n’est pas chevalier, et même tout chevalier n’est pas noble. L’ordre de chevalerie, qui se recrute par cooptation, a le droit de s’adjoindre un « vilain » qui a donné des preuves de courage. Bref, la chevalerie primitive constitue une élite d’hommes de guerre, dont toute la morale est contenue dans ces deux mots traditionnels : « Sois preux .» Le preux n’est pas seulement un vaillant soldat, c’est un soldat loyal et généreux ; il garde sa foi à son suzerain ainsi qu’à celui qui l’a armé, et il ne frappe jamais un ennemi désarmé.

Mais l’Eglise s’aperçoit que cette morale est insuffisante. Dès le onzième siècle, elle intervient pour donner un caractère religieux à la chevalerie et faire du chevalier le type du soldat chrétien.

Pour former un chevalier, l’Eglise prend pour modèle la formation qu’elle donne à ses clercs, à ses moines. « La première qualité qu’on exige d’un candidat à la chevalerie, dit le médiéviste Léon Gautier, c’est d’avoir la vocation », c’est-à-dire l’aptitude et l’attrait pour cette carrière de soldat d’élite, de soldat chrétien. Si cette vocation se manifeste dès l’enfance, on le prendra dès l’âge de quatorze ans, de sept ans même. Sous le nom de page, de varlet ou de damoisel, il suivra à la chasse le châtelain chargé de son éducation, lancera et rappellera le faucon, maniera la lance et l’épée, remplira les fonctions d’écuyer, s’endurcira aux fatigues, se nourrira des récits des croisés.jpggrandes batailles ou des chants des troubadours et des trouvères célébrant les exploits de Charlemagne et d’Arthur. Si le page s’est montré constamment courageux, loyal et bon chrétien, il pourra, à sa majorité, être fait chevalier. Cette majorité est fixée, au XIII ème siècle, à l’âge de vingt et un ans.

C’est un rite très solennel, que celui qui fait d’un damoisel un chevalier. Au treizième siècle, il a revêtu un caractère tout religieux et constitue comme un « huitième sacrement ». Le candidat se prépare à son initiation par des cérémonies symboliques. Il prend un bain, qui signifie la pureté de corps et de cœur qu’il doit garder sous les armes. Il passe une nuit en prière dans l’église ; c’est la « veillée des armes ». Il se confesse, entend la messe et y communie. Puis il est revêtu d’une robe de lin blanc, nouveau symbole de pureté morale. De preux chevaliers, ses parrains, viendront l’  « adouber », c’est-à-dire lui remettre les diverses pièces de son armure : les éperons dorés, le haubert et le heaume. Au treizième siècle, l’Eglise réserve au prêtre la partie essentielle de l’adoubement qui va faire du jeune page un chevalier. Ce dernier rite se fait devant l’autel. Le prêtre bénit une épée, en disant l’oraison suivante : « Seigneur, nous t’en supplions, exauce nos prières, daigne bénir ce glaive, dont ton serviteur désire être armé, pour qu’il puisse défendre et protéger les églises, les veuves, les orphelins et tous les serviteurs de Dieu. » Puis il ceint de l’épée le candidat à genoux, en lui disant : « Reçois ce glaive, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » Le candidat se relève chevalier.

crusaders_in_battle.jpg Dès lors, il est soumis à des prescriptions militaires et religieuses qu’il ne pourra enfreindre sans se rendre coupable de félonie, sans s’exposer à la peine de dégradation. On a pu réduire à un décalogue les obligations du chevalier : « 1° Tu croiras à tout ce qu’enseigne l’Eglise, et observeras ses commandements ; 2° Tu protègeras l’Eglise ; 3° Tu respecteras et défendras toutes les faiblesses ; 4° Tu aimeras le pays où tu es né ; 5° Tu ne reculeras pas devant l’ennemi ; 6° Tu feras aux infidèles une guerre sans trêve ; 7° Tu t’acquitteras exactement de tes devoirs féodaux ; 8° Tu ne mentiras point et seras fidèle à ta parole ; 9° Tu feras largesse à tous ; 10° Tu tâcheras de faire tout bien et de combattre tout mal. »

On a dit de ce code qu’il traçait un idéal, qui n’avait jamais été réalisé que dans les chansons de gestes. Mais bien des fois l’histoire de la chevalerie a été plus belle que la légende. Saint Louis, dans sa prison, n’est-il pas plus admirable que Guillaume d’Orange sur le champ de bataille d’Aliscans ? Duguesclin, pour la rançon duquel « toutes jeannedarc.jpgles femmes de France se mettent à leurs quenouilles », n’est-il pas plus grand que Renaud, l’aîné des fils d’Aymon ? Quel est le héros d’épopée qui vaut Bayard ? Et la Jeanne d’Arc de l’histoire n’éclipsera-t-elle pas toutes les héroïnes de roman ?

On a dit encore que la chevalerie avait été une institution éphémère. Du moins, en disparaissant, a-t-elle laissé en héritage à la postérité, des sentiments à peu près inconnus avant elle, et que les nations modernes n’ont pas encore vu totalement disparaître parmi leur jeunesse catholique.

Jeunes gens, inspirez-vous sans cesse de cet esprit chevaleresque !