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22 juin 2012

L'accord entre la Turquie et l'Union européenne concernant les clandestins

turquiechevaldetroie.jpgL’Union européenne et la Turquie ont paraphé jeudi à Bruxelles un accord de réadmission des immigrants en situation illégale au lendemain d’un accord des Européens pour accorder des facilités de visas aux ressortissants turcs, a annoncé la Commission européenne. Concrètement, les négociations entre la Turquie et la Commission ont été ouvertes mercredi en vue de l’« élimination » des visas aujourd’hui imposés aux ressortissants turcs, seul élément sur lequel la Turquie soit prête à discuter, à telle enseigne que la presse turque affirme que l’entrée en vigueur des accords de réadmission et l’élimination de l’obligation de visa devront entrer en vigueur le même jour.

L’accord de réadmission vise à lutter contre l’afflux de clandestins transitant par la Turquie vers l’UE, notamment vers la Grèce débordée par le flot arrivant du Maghreb, du Sahel, de Pakistan, d’Afghanistan et d’ailleurs : depuis 2011, l’agence Frontex, chargée de gérer la coopération européenne aux frontières extérieures, évalue le nombre d’interceptés à 40 000 à 57 000 par ans, sans compter ceux qui ne se font pas prendre. En vertu de l’accord paraphé jeudi, la Turquie s’engage à reprendre les clandestins ayant transité sur son sol avant de rejoindre l’UE.

Au cours des discussions menées avec Selim Yenel, ambassadeur et délégué permanent d’Ankara auprès de l’Union européenne, on a évalué à 100 000 le nombre de ces clandestins non-Turcs qui pourraient être refoulés vers la Turquie. Ils y seraient accueillis dans des camps avant d’être renvoyés vers leurs pays d’origine ; les frais de ces opérations seraient partiellement supportés par… l’Union européenne bien sûr.

Selon les procédures en cours, l’accord ne sera applicable aux ressortissants turcs présents illégalement dans les pays de l’Union qu’à l’issue d’un délai de trois ans.

La Turquie avait tout bloqué avant d’obtenir cette promesse de conditions plus souples pour l’admission et la circulation de ses citoyens dans les pays de l’Union, tout en facilitant l’arrivée de candidats à l’immigration clandestine dans l’EU, à la fois sur le plan légal et matériel.

D’ores et déjà, l’Allemagne va multiplier les centres d’attribution de visas en vue de faciliter les formalités pour les hommes d’affaires turcs, a annoncé son ministre de l’Intérieur, mercredi, dans le cadre de la Turkish-German Business Union. Mais Hans-Peter Friedrich a réitéré l’opposition de l’Allemagne à une libéralisation totale du régime des visas.

La signature de l’accord de réadmission restait également bloquée jusqu’ici en raison de l’opposition de Chypre, dont les relations avec la Turquie sont tendues. Nicosie a accepté jeudi de lever ses réserves. L’île divisée va assurer la présidence semestrielle de l’UE à compter du 1er juillet.

La Commissaire en charge des Affaires intérieures Cecilia Malmström a salué le paraphe de l’accord de réadmission qui « va permettre dans notre intérêt commun de mieux contrôler les frontières et gérer l’immigration ».

Le gouvernement danois souhaite en organiser la signature officielle de l’accord avant la fin de sa présidence semestrielle de l’UE, le 30 juin. Aucune date n’a été communiquée, car les Etats de l’UE doivent encore donner officiellement mandat à Cecilia Malsmtröm pour signer.

C’est dans ce contexte qu’« un plan d’action » va être soumis à Ankara qui comporte « un certain nombre d’exigences, comme l’obligation pour les autorités turques de coopérer avec tous les Etats de l’UE, y compris Chypre, de mieux surveiller leurs frontières avec l’UE, de revoir leur politique de visa avec les pays tiers non européens et de signer l’accord de réadmission conclu avec l’UE », a souligné un négociateur cité par l’AFP.

La Turquie est devenue la plaque tournante de l’immigration clandestine vers les pays de l’espace Schengen, notamment grâce à l’ouverture de liaisons aériennes à bas prix sur Istanbul, souligne le rapport 2012 de l’agence Frontex, chargée de coordonner la surveillance des frontières extérieures de l’UE. Cette situation est la conséquence de la politique du gouvernement turc en matière d’octroi de visas et du développement de liaisons aériennes turques, analyse Frontex.

Les filières de passeurs sont très structurées. Des vols à bas coût sont organisés au départ de plusieurs villes d’Afrique à destination d’Istanbul, redevenue « la Sublime Porte pour l’Union européenne », dénoncent des diplomates de l’UE. « Les flux migratoires vers la France ne franchissent plus la Méditerranée. Le trajet des clandestins partis des pays du sud du Sahel et du Maghreb passe désormais par Istanbul, puis la Grèce », avait expliqué en avril l’ancien ministre français de l’Intérieur Claude Guéant.

« La Turquie, notre voisin, n’a fait jusqu’ici aucun effort pour stopper les flux d’immigrants illégaux », déplorent les autorités grecques.

FRANCOIS FRANC

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